12 décembre 2025

EDITO
Contrôle de fait : Bolloré reste minoritaire… mais seulement sur le papier

[...] la décision de coter séparément les différentes pépites du groupe, sur des bourses et dans des pays distincts, a non seulement détruit de la valeur, mais a également permis au groupe Bolloré de renforcer sa position dominante dans des juridictions où il est possible d’exercer un contrôle sans déposer d’OPA (comme au Royaume-Uni et aux Pays-Bas).  

La décision de la Cour de cassation a statué sur Vivendi et l’absence de contrôle du groupe Bolloré, renvoyant à la Cour d’appel pour un nouveau jugement sur le fond. Décision purement juridique comme l’avait laissé entendre le parquet préalablement. Que le code de commerce ne qualifie pas de « contrôle » par le groupe Bolloré peut s’entendre sur un point de vue purement juridique car il n’est pas majoritaire en droits de vote en Assemblée. 

Le président du Conseil de surveillance est Yannick Bolloré – lui-même premier dirigeant exécutif de Havas – tandis que le président du directoire est également issu du groupe Bolloré. Plusieurs décisions proposées par le directoire en Assemblée générale ont interpellé les observateurs. Citons, par exemple, l’OPA en cash sur Havas, qui a permis au groupe Bolloré de récupérer le cash précédemment investi dans Vivendi, à un prix si élevé que Vivendi a ensuite publié une « alerte sur résultats » d’Havas, montrant clairement que le cours payé était trop élevé…  

Il est vrai que, malgré les nombreuses alertes émises par Phitrust, les actionnaires ont soutenu cette prise de contrôle, séduits par le projet de Vincent Bolloré. Mais la réalité a rapidement rattrapé le rêve : la décision de coter séparément les différentes pépites du groupe, sur des bourses et dans des pays distincts, a non seulement détruit de la valeur, mais a également permis au groupe Bolloré de renforcer sa position dominante dans des juridictions où il est possible d’exercer un contrôle sans déposer d’OPA (comme au Royaume-Uni et aux Pays-Bas).  

Dans ce contexte, les actionnaires détenant le capital flottant, majoritaires en théorie, devraient envisager de réexaminer la composition du Conseil de surveillance, afin de révoquer les administrateurs proches du groupe Bolloré et nommer des dirigeants indépendants. Cela seulement permettrait de prouver l’absence de contrôle de Bolloré sur Vivendi. Parallèlement, les actionnaires minoritaires souhaitant poursuivre le contentieux peuvent continuer leur bataille juridique avec le fonds CIAM pour démontrer un contrôle de fait et réclamer une indemnisation pour les décisions ayant conduit à cette destruction de valeur. 

Olivier de Guerre 

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