Alors que les gouvernements semblent de moins en moins regardants sur les questions éthiques, les consommateurs et les investisseurs, eux, y prêtent une attention croissante
La guerre contre l’Iran déclarée unilatéralement par les Etats-Unis et Israël, quatre ans après celle déclarée par la Russie contre l’Ukraine va amener toutes les entreprises à devoir s’adapter à cette nouvelle situation sans en connaître ni la durée ni le vainqueur (s’il y en a un). En tout état de cause, les équilibres géopolitiques, géographiques et économiques sont remis en question, obligeant les entreprises et les consommateurs à modifier leurs stratégies et façons d’acheter ou de consommer.
En 2022, les sanctions contre la Russie avaient amené certaines entreprises à vendre leurs filiales en Russie (à vil prix) ou à les fermer pendant que d’autres continuaient leurs activités (quand cela était possible).
Aujourd’hui, une fermeture prolongée du détroit d’Ormuz compromettrait l’accès à l’or noir du Golfe, et il existe un risque supplémentaire que la Russie suspende ses livraisons de gaz vers l’Europe, qui se poursuivaient pourtant malgré la guerre en Ukraine. Ces deux facteurs renchérissant très probablement le prix de l’énergie en Europe et rendant très critiques les ajustements stratégiques des entreprises avec le risque de maîtriser les capacités de production ou les prix, ce qui amènerait à des changements des modes d’achat ou de consommation de leurs clients.
Face à cette instabilité, certaines entreprises pourraient être tentées de faire des concessions éthiques pour protéger leur activité et leurs revenus, au motif que des concurrents américains ou chinois n’hésitent pas à le faire. Et cela pourrait être considéré comme « normal » compte tenu de l’incertitude actuelle.
A ce titre, l’exemple d’Anthropic AI et de Chat GPT devrait amener les Conseils d’administration des entreprises à réfléchir avant toute inflexion éthique, et à s’assurer en permanence que leurs activités respectent les socles de valeurs qu’ils avaient mis en place… au risque de perdre leurs clients.
Anthropic AI a refusé d’accéder aux demandes du ministère de La Défense américain de pouvoir utiliser ses modèles d’IA pour de la surveillance de masse et pour des armes autonomes, applications contraires aux valeurs prônées par la société. Chat GPT s’est engouffré dans la brèche et a récupéré le contrat militaire acceptant les demandes du ministère. A priori une aubaine pour Chat GPT et une défaite pour Anthropic AI, et pourtant en quelques jours, il a été observé une vague de désinstallation de Chat GPT et en symétrie, une demande sans précédent pour l’IA Claude d’Anthropic AI.
Ce n’est pas une simple anecdote : c’est un signal fort. Alors que les gouvernements semblent de moins en moins regardants sur les questions éthiques, les consommateurs et les investisseurs, eux, y prêtent une attention croissante. Les prochaines Assemblées générales pourraient bien voir l’éthique des affaires revenir au cœur des débats — obligeant gestionnaires d’actifs et actionnaires à se positionner clairement.
Dans un monde en recomposition, les entreprises qui sauront tenir leurs valeurs auront un temps d’avance. L’investissement responsable n’est pas mort !
Olivier de Guerre