25 septembre 2025

EDITO
La gouvernance à l’envers !

Comment le Conseil d’administration de Kering a-t-il pu proposer ce « package d’accueil » à l’ancien Directeur général du groupe automobile sans aucune visibilité sur la performance de celui considéré comme le “sauveur” ?

L’Assemblée générale de la société Kering valide le 9 septembre la nomination de Luca de Meo comme administrateur. Celui-ci devient Directeur général du groupe de Luxe le 15 septembre avec pour mission de redresser la société, tandis que son Président, François-Henri Pinault, prend ses distances d’un point de vue opérationnel et annonce aux actionnaires qu’un plan de redressement sera présenté au printemps prochain. Nous découvrons également que Luca di Meo bénéficie d’un bonus “golden hello” de 20 millions € – correspondant aux rémunérations qu’il abandonnait en quittant le poste de Directeur général de Renault le 15 juillet. Ce versement intervient principalement en cash, sans condition ni lien avec le succès du plan de transformation qu’il doit présenter dans 6 mois !

Comment le Conseil d’administration de Kering a-t-il pu proposer ce « package d’accueil » à l’ancien Directeur général du groupe automobile sans aucune visibilité sur la performance de celui considéré comme le “sauveur” ? D’autant plus que le Conseil d’administration de Renault a lui constaté à ses dépens que l’augmentation très significative de la rémunération de Luca de Meo en 2024 pour qu’il reste ne l’a pas empêché d’accepter l’offre de Kering. Preuve que l’argent ne suffit pas à empêcher un départ vers une entreprise mieux-disante.

Cyniquement, le nouveau Directeur général avertit qu’il y aura des « efforts à faire », ce qui signifie en d’autres termes qu’il y aura certainement des licenciements, tandis que sa rémunération astronomique ne pâtira pas elle d’éventuels mauvais résultats à venir.

Dans un contexte géopolitique et macroéconomique qui secoue le secteur du luxe, il est important qu’un groupe comme Kering réagisse et s’ajuste, mais cela ne justifie en rien ce bonus package qui n’empêchera pas Luca de Meo de quitter le navire s’il coule et qu’il n’arrive pas à le redresser.

Le renversement du nom Kering montre bien que “l’on marche sur la tête” et qu’il ne faut pas s’étonner du fossé grandissant entre les acteurs confrontés à la réalité économique et ces pratiques de mercenaires très bien rémunérés. De nombreux actionnaires, qui représentent 25% des actionnaires hors contrôle familial Pinault, ne s’y sont pas trompés en votant contre ce bonus package.

Les actionnaires retrouveront ils la raison pour empêcher la montée des populismes qui se nourrissent de ces pratiques honteuses ?

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