Vous avez entendu parler de La Varappe, Ecodair, Main Forte, Envie Rhône-Alpes, Tête Haute, Groupe Estille, Lemon Tri, la Conciergerie Solidaire,… ? Ce sont les EIAE financées par Phitrust Partenaires. Comment fonctionnent ces entreprises méconnues qui transforment l’exclusion en opportunité ?
En conciliant activité marchande et mission sociale, les Entreprises d’Insertion par l’Activité Économique (EIAE) offrent une seconde chance aux personnes éloignées de l’emploi (chômeurs longue durée, jeunes sans qualification…) en les accompagnant vers un retour durable à l’emploi.
Un modèle économique résilient
Les EIAE génèrent leurs revenus via la vente de biens et services. Ils sont complétés par des aides au poste ciblées sur l’accompagnement social (limitées à 2 ans). Les salariés en insertion bénéficient d’un contrat de 2 ans maximum leur permettant d’acquérir compétences et stabilité avant de décrocher un emploi pérenne. Loin de la dépendance aux subventions – qui ne couovre que le coût de l’accompagnement social des personnes en parcours d’insertion, les EIAE sont encouragées à renforcer leur autonomie financière en diversifiant leurs ressources et en développant des offres de services compétitives. En moyenne, leur dépendance aux subventions est de 20 % et certaines, comme La Varappe sont à moins de 10 %.
Chiffres clés (2023)
- 142 300 salariés en parcours d’insertion
- 173 200 nouveaux contrats signés
- Environ 4 000 structures d’IAE (SIAE) réparties en France
- Filières : principalement l’économie circulaire, l’environnement ou le bâtiment durable
Un impact social et économique démontré
Les résultats de l’IAE témoignent de son efficacité : entre 64 % et 68 % des salariés en insertion accèdent à une sortie positive (emploi durable, formation qualifiante ou création d’activité). Les entreprises de travail temporaire d’insertion affichent même un taux de retour à l’emploi supérieur à la moyenne, avec plus de la moitié des salariés en emploi six mois après leur parcours.
Les bénéficiaires de l’IAE
Les publics accueillis dans les SIAE présentent une forte vulnérabilité socio-économique :
- 59,6 % d’hommes, notamment sur des secteurs d’activité ciblés (bâtiment, logistique, services techniques).
- 19,1 % de jeunes de moins de 30 ans, population particulièrement exposée au chômage.
- Près de la moitié faiblement qualifiée, rendant nécessaire un appui formation.
- 33,9 % allocataires du RSA, reflétant une précarité marquée.
Ces salariés se répartissent à la fois dans les quartiers prioritaires (22,1 %) et dans les zones rurales fragilisées (15,9 %), mettant en lumière des besoins différenciés selon les territoires.
Défis à relever
- Simplifier la gouvernance, mobilisant une multiplicité d’acteurs (État, DREETS, collectivités, financeurs privés et solidaires), ce qui limite la lisibilité et l’efficacité du pilotage.
- Renforcer leur modèle économique tout en gérant le turn-over structurel des salariés en insertion.
- Assurer un accompagnement efficace (logement, mobilité, formation…) et renforcer le suivi dans le temps au-delà des 2 ans du parcours d’insertion.
- S’intégrer aux chaînes de valeur classiques et répondre aux enjeux actuels : transition écologique, digitalisation, métiers en tension.
Ces limites appellent une meilleure coordination nationale, une harmonisation des indicateurs et une adaptation renforcée aux besoins locaux.
Le rôle des financeurs privés
Si l’État et les collectivités gardent une influence significative sur le dynamisme des EI, les acteurs privés jouent un rôle croissant dans leur financement. Les investisseurs à impact (Phitrust, France Active, Mirova, etc.) apportent des ressources décisives pour soutenir le développement et l’innovation dans le secteur. De même, les fondations d’entreprise et les mécènes contribuent à renforcer les capacités des SIAE.
Cette articulation public-privé est déterminante pour accroître la résilience du modèle et pérenniser son impact.
Conclusion
L’insertion par l’activité économique constitue un levier essentiel pour lutter contre l’exclusion et favoriser l’emploi durable. Son efficacité est démontrée, mais son déploiement nécessite un soutien renforcé et coordonné. Pour les investisseurs institutionnels et privés, l’IAE représente une opportunité de concilier impact social tangible et participation à un modèle entrepreneurial inclusif. Le soutien financier à ces entreprises permet non seulement de renforcer l’efficacité des politiques publiques, mais aussi de répondre à une exigence croissante d’investissement pérenne.

« L’entreprise d’insertion, avant tout une entreprise » – Coup de projecteur de Laurent Laïk, PDG de La Varappe
Ce dispositif est-il efficace ? Quelle visibilité sur les sorties ?
Oui. Proposer un contrat de travail dans une véritable entreprise est sans doute le meilleur moyen de réinsérer dans la vie active des personnes qui en ont été éloignées. Parce qu’elle est avant tout une entreprise, l’entreprise d’insertion joue pleinement ce rôle.
Les résultats sont là : nos clients considèrent nos structures comme de vrais prestataires de services, et non comme un dispositif social. Le défi de demain sera de suivre, dans la durée, le parcours des personnes après leur sortie. L’intelligence artificielle et le partenariat avec France Travail doivent nous y aider.
Combien l’État investit-il ? Pourquoi faut-il aussi des investisseurs privés ?
L’État prend en charge une partie des coûts liés à l’accompagnement social et au surencadrement technique. C’est un investissement rentable : chaque euro public investi génère 3 à 4 € de recettes en cotisations et impôts.
Le rôle des investisseurs privés est différent : ils renforcent la solidité financière des entreprises d’insertion, leur permettant de se structurer, d’innover et de rester agiles. Une entreprise d’insertion robuste, capable d’absorber les aléas économiques, est une condition indispensable à son efficacité.
Quel avenir pour les entreprises d’insertion ?
Il est prometteur, à condition de rester pragmatique dans un monde instable et en mutation permanente. Cela signifie :
- Aller chercher les personnes les plus vulnérables là où elles en sont, et les accompagner dans leur progression sociale par le travail.
- Innover et intégrer toute la chaîne de valeur des prestations.
- Grandir et se regrouper pour créer de véritables champions.
Des champions qui ne se contentent pas de quelques millions d’euros de chiffre d’affaires, mais qui peuvent demain peser plusieurs centaines de millions, voire flirter avec le milliard.