Le retour à des « empires régionaux » est un risque non évalué aujourd’hui mais il peut remettre en cause la dynamique vertueuse des 40 dernières années refermant les marchés qui ne seraient plus mondiaux et redeviendraient nationaux ou régionaux.
L’enlèvement du Président du Venezuela par les forces armées américaines confirme les propos du Président des États Unis et de ses ministres que le pouvoir s’exerce par la force dans l’intérêt de celui qui est le plus fort. Cet acte de guerre pris sans l’accord préalable du Congrès Américain est la marque du choix de gouverner seul sans en référer aux organes de gouvernance des États Unis ni passer par l’ONU ou une quelconque négociation multilatérale.
Le Président Donald Trump fait référence en permanence à sa volonté de « faire du business » en politique. Et la gouvernance qu’il prône n’est pas très différente de celle prônée par quelques grandes sociétés multinationales qu’ils soient un conglomérat dans les mines, dans l’armement, la santé ou dans la Tech qui « font de la politique » pour arriver à leurs objectifs stratégiques ou commerciaux.
Depuis 1945 les États Unis avaient promu le multilatéralisme tout en s’assurant que leurs intérêts étaient prioritaires. A l’image de ce qui s’est progressivement construit au sein de l’ONU, de l’OMC, de la FAO et des différentes organisations internationales, la gouvernance des entreprises, depuis les années 1980, s’est construite sur l’idée que la transparence, le respect des parties prenantes étaient prioritaires pour le développement des entreprises et de l’économie mondiale.
La croissance économique, l’évolution des techniques (notamment digitales) et le développement des modes de consommation ont été rendus possibles par cette gouvernance et cette volonté commune de travailler ensemble pour un monde plus durable en permettant aux pays émergents (en premier lieu la Chine) de rejoindre les standards de productivité, d’efficacité et d’innovation du monde occidental voire de les dépasser aujourd’hui (panneaux solaires, voitures électriques…).
Et cela a permis une hausse quasi continue de la valeur des entreprises grâce à la mondialisation des marchés, marchés tirés aujourd’hui par des valeurs de technologie qui sont devenus des conglomérats mondiaux pour répondre à la quête numérique de tous les habitants de la planète.
Le retour à des « empires régionaux » est un risque non évalué aujourd’hui mais il peut remettre en cause la dynamique vertueuse des 40 dernières années refermant les marchés qui ne seraient plus mondiaux et redeviendraient nationaux ou régionaux. Au risque d’avoir des guerres économiques qui se développent comme cela a été le cas au 19ème siècle en Chine… Pays gigantesque qui s’est toujours refermé sur lui-même quand il a été attaqué de l’extérieur… (la relecture du livre d’Alain Pierrefitte « Quand la chine s’éveillera » devrait être le livre de chevet de beaucoup de dirigeants…).
Le retour à une gouvernance basée sur « la loi du plus fort » au sein des grandes entreprises sans possibilité de contre-pouvoir est un risque non pris en compte aujourd’hui par les marchés alors que les 19ème et 20ème siècles montrent les risques majeurs de défaillance d’entreprises sans gouvernance respectant l’ensemble de ses parties prenantes.
L’année 2026 sera certainement une « année de tous les dangers » pour l’économie mondiale qui va obliger entreprises, investisseurs à s’adapter à ce nouveau contexte géopolitique avec de nouvelles formes de gouvernance à inventer pour produire, vendre et développer les produits nécessaires pour répondre aux besoins de la population mondiale.
Très bonne année pour vous-mêmes et vos proches.
Olivier de Guerre